jeudi 23 février 2017

Train

Je t'ai vu partir dans la nuit
J'ai su que tout était fini
Comme cendrillon après minuit
Notre amour s'est enfui

Abandonné sans cœur
Seul avec ma rancœur
Je connaîtrai la peur
La vie sera un leurre

Sur les voies de fer
En route vers l'enfer
Non plus rien à faire
Au fond du cratère

Las au bord du  nord
Où disparait ton corps
Dernière petite mort
Dérisoire encore


mercredi 22 février 2017

Avant

L'homme sur le bord est seul
Enfoui dans le dernier linceul
Une silhouette de parabole
Immobile, allongée sur le sol

Une main tendue vers le vide
Dans le gris d'un froid livide
Reflet trouble du désespoir
Au travers acéré d'un soir

Marques du temps acharné
Sur son visage parsemé
Sur ses lèvres desséchées 
Que les mots ont quittées





lundi 20 février 2017

L'être l'autre

J'ai décidé de vous quitter. Je l'écris pour vous en informer. J'ai bien conscience que cela pourrait vous surprendre. Il est vrai que rien ne semblait l'annoncer. Cette décision, je ne l'ai pas prise à la légère. La mort de l'amour, car je vous aimais, demande du temps. Comme une pelote de laine qui s'effiloche. Mon amour s'est éteint à la suite d'une longue agonie. Je sais. Dès les premiers symptômes j'aurais dû le piquer, l'euthanasier.  Je vous connais depuis longtemps. Depuis si longtemps. Depuis maintenant trop longtemps. Je suis tombé amoureux de vous dès la première fois.  Dès la première fois que je vous ai croisée. Que je vous ai croisée dans cette rue. Dans cette rue que j'arpente, que j'emprunte, que je prends, dans laquelle je piétine parfois mes bonnes intentions. Cette première fois, vous étiez une démarche, une silhouette, un parfum, une bouche, un regard, des lèvres, une impression, des mains, un mouvement, un frôlement. Ou tout autre chose qui m'échappait. Je vous ai croisée et, je ne sais pourquoi, j'ai hésité. J'ai fini par me retourner. Vous n'étiez déjà plus là. Encore un peu timide, je n'ai pas cherché à vous rattraper. Vous vous immisciez comme  une impression. Je voulais vous garder telle quelle, frêle et éphémère. La fragilité du souvenir. La lumière des vitrines atténuait la lourdeur de cette nuit d'hiver. Malgré tout, peut-être n'ai-je, dans le froid, pas aperçu votre visage. Je ne m'en souviens plus. Homme d'habitude, je m'applique à faire de chaque journée, la copie de la précédente. Seul un spécialiste pourrait les distinguer. Tout au long de ces jours, je vous ai probablement croisée à nouveau. Vous ne m'avez certainement pas reconnu. Je n'avais pas besoin de vous pour vous aimer. Je n'ai jamais su si vous m'aimiez. Peut-être m'aimez-vous encore. Je serais désolé de vous faire souffrir. Je n'ai pas d'explication à vous donner. Je n'ai croisé personne d'autre. Le temps. C'est certainement le temps. Le temps passe et absorbe les couleurs. Vous n'étiez plus que... Je vous ai pourtant aimée.


A la mode

Un ourlet de mes amis, très introduit dans le milieu, l'autre jour me confiait que, de fil en aiguille, qu'Yves Saint Laurent avait eu une vie très décousue.

samedi 18 février 2017

Un soir au concert

Hier soir, 23h45, en marche arrière, un fantasme récurent, je me suis garé dans l'allée qui mène à la porte d'entrée qui permet à tout un chacun de pénétrer dans la cuisine pour autant qu'il y ait été invité. Je sors de la voiture (plus de bus à cette heure). Mon regard porte non de la cuisine mais vers l'horizon. Dans le ciel, des étoiles à ne plus pouvoir les compter et des bourdons dans les oreilles. Des bourdons qui me semble-t-il doivent être en période de rut si j'en juge par le niveau sonore du bourdonnement. Pour comprendre ma proximité auditive avec ces bourdonnant, il nous faut faire un rewind temporel. Il est 20h15. Nous sommes accoudés au bar du Vixen en attendant Blanche, mais il semble que le tramway ait du retard. Ce qui me laisse le temps de déplorer avec Russ que je n'ai jamais vu une vixen au Vixen. Après les bonjours, les bises, les "Ah bah dis" les "Ah t'es là" les "Ça fait un bail" les "Qu'est-ce que tu fais" les "Non j'peux pas, j'ai les enfants", les "Tu m'appelles",  nous nous sommes dirigés vers les trois pièces. A nouveau petite séquence de "Ça m'aurait étonné aussi" et tout ce qui s'y rattache. Jusque là tout allait bien.
A peine le temps de tremper les lèvres dans la mousse, Deaf in stéréo démarre. J'ai déjà eu l'occasion de le dire ici et là, j'aime Deaf in stéréo. Hier soir aussi. Je ne vais pas en rajouter. Je vais la faire courte, comme aime à le dire Rocco pour rassurer ses partenaires. Avec Thomas, il faut l'entendre pour le croire, et ses acolytes, je retrouve toujours avec plaisir ce brut de décoffrage, cette envie d'achever tout ce qui bouge à coups de riffs. Tout en écoutant, je sentais bien que la ruche n'était pas loin.
Ensuite The galileo 7. J'avoue que je n'avais jamais entendu parler de ce groupe. Donc, comme tout connecté, je suis allé sur youtube pour me faire une idée. Le côté popish revival m'a donné envie de les écouter en vrai. Avec leur batteur au look à la Bun E. Carlos et leur bassiste poupin, je m'apprêtais à apprécier voix et mélodies, pensant que le volume du son s'adapterait. Mais dès les premières notes, les bourdons ont investi mes oreilles. La musique fut écrasée par l'intensité du son. Alors qu'ils entamaient  "Don't Fly Too High", j'ai fini par me retrouver sur le trottoir à parler théâtre avec la grande spécialiste régionale du domaine. Bon bah, je regrette mais je me dis que j'aurai bien l'occasion de les écouter à nouveau en concert.

vendredi 17 février 2017

Nawak

Garçons ou filles
Ça part en vrille
Le temps étrille
Derrière les grilles

Défilent les étapes
Qui nous échappe
La vie est plate
Ça nous épate

L'amour par grappe
Humides agapes
Les bites rap et dérapent
Les langues lapent et palpent 

L’ âge nous flatte 
Dans les apparts 
Temps que tu partes
Que tu t'écartes

jeudi 16 février 2017

Vroum

Ce matin, aggravant mon bilan carbone, je n’ai pas pris le bus. Reniant des années de conscience écologique, je suis allé au boulot en voiture, une voiture munie d’un moteur à explosion. Je me suis ainsi retrouvé seul dans un habitacle conçu pour accueillir cinq personnes. Pas de covoiturage. Je me demande si je ne suis pas en train de me trumpiser. Baignant dans une solitude coupable, je n’avais personne à observer, si ce n’est mon reflet dans la vitre. Quelque peu honteux, je me suis arrêté pour faire le plein. Le plein d’un carburant issu d’un pétrole provenant de je ne sais où, raffiné par je ne sais qui et acheminé je ne sais comment. Existe-t-il de l’essence éco-responsable ? Barbotant dans un cloaque de mauvaise conscience, je n’ai pas accéléré dans la descente, aux feux j’ai redémarré en douceur. En résumé, faux-cul, j’ai essayé de me faire croire que j’avais une conduite éco-citoyen. Arrivé au boulot, j’ai fait un bilan. Si mon empreinte carbone avait manifestement laissé des traces, il était indéniable et irréfutable que j’avais gagné du temps. Mais comme j’étais en avance, je l’ai perdu en attendant dans la voiture. Demain, je reste sous la couette.

mercredi 15 février 2017

Inutile

Souvent petits, il est des matins, où mon corps prend le pas sur mon esprit, ce qui est le plus fréquent. Probablement pour que je n'ai pas le temps de réfléchir. Il m'entraîne ici et là et avant même d'avoir eu le temps de réfléchir, je me retrouve au bureau. Mais parfois, ce qui est de plus en plus rare, mon esprit fait preuve de vivacité et dame le pion à ce qui me sert encore de corps. Dans ce cas là, ma journée commence par une réflexion, une question et le temps de sa formulation, j'ai le sentiment d'être intelligent pour rapidement me rendre compte que je ne sais pas répondre à la question. Donc, ce matin mon esprit était vif et plutôt bien disposé tandis que mon corps encore chaud attendait. J'hésitais à me lever. Les pensées me traversaient sans trop s'attarder. D'abord glissant en surface, elles se firent plus profondes. C'est à ce moment là que je me suis dit qu'il était temps de laisser mon corps reprendre le dessus mais il était déjà trop tard. La question est arrivée. Quand pour la première fois ai-je eu quelque chose à me reprocher? Vive le corps.

mardi 14 février 2017

Le rock est dans le pré

Aujourd'hui, la Marinière. Après la scène, on se déchaîne. Encore traversé par les derniers accords du définitif et ultime groupe, la fin de soirée jusqu'au petit matin seront dansants avec le cool Marinière, la crème. La Marinière, l’éclatant, l’expurgent, l'indécent, l'incandescent, l’intransigeant, l’irradiant, le vibrant, le déridant, le délirant, le dévastant, le caracolant, le virevoltant, l'entraînant, l’astringent, le décapant, l'élégant, l'évident des dance-floor. Avec la Marinière, les corps sont des rythmes groovant dans la nuit de la dernière fois.

Un soir au cinéma.


Je l'avoue d'entrée, mon choix a été guidé par la bande-annonce. Je sais, j'avais dit que plus jamais et j'ai replongé. Mais je ne désespère pas d'être un jour sevré car comme le disait Churchill "Essayer encore, c'est vaincre". Dans le cas présent, la bande-annonce de Moonlight n'a pas été le seul critère ayant concouru à l'édification de mon choix. Le thème a retenu toute mon attention. Un adolescent découvre son homosexualité. Pour ce qui me concerne, je ne me souviens plus quand j'ai découvert mon hétérosexualité. D'ailleurs, je ne suis pas sûr que j'en ferais un film. Quoi qu'il en soit, l'adolescence et l'homosexualité, pris séparément ou pas, depuis longtemps suscitent mon intérêt.
Pour en venir à l’essentiel, mais comme le disait Staline « Qu’avons-nous à faire de l’essentiel ? », ce film décrit la difficulté à être soi-même, à vivre sa vie qui ne peut être une éternelle souffrance, un renoncement constant. Etre heureux est à portée de mains, à portée de lèvres, à portée du cœur. L’amour n’a pas d’à priori. Il s’émancipe des conventions. Il faut oser s’en approcher, y plonger et se laisser emporter. C’est du moins ce que dit le film et beaucoup d’autres choses. Pour les découvrir, je vous invite à aller le voir, car comme le disait Kim Il-Sung « Demain est radieux mais incertain ».

lundi 13 février 2017

Le rock est dans le pré

Aujourd’hui Bezu’s Christ. Il est toujours délicat de définir un groupe au risque de le ranger dans une case où il prendra la poussière. Vous vous souvenez certainement de la chanson d’Herbert Léonard « Pour le plaisir ». Eh bien, Bezu’s Christ est un groupe pour le plaisir. Le plaisir de jouer ensemble. Le plaisir de reprendre des classiques du rock’n roll. Bezu’s Christ, c’est aussi le plaisir de faire plaisir, mais cela n’a rien à voir avec les réceptions de l’ambassadeur, même si Bezu’s Christ sera la cerise sur le Rock est dans le pré. Bezu’s Christ, ce sont 6 musiciens talentueux et insp
irés qui vont vous clouer sur la croix du rock.  

Fatiguant


Comme je me regarde dans la glace pour savoir à quoi je ressemble, parfois à rien, il m'arrive de m'écouter parler pour savoir ce que je dis. L'autre jour, la main droite tenant fermement un verre de bière en instance d'être vidé et la gauche ayant quartier libre, avec des copains nous parlions politique sur la base d’analyses fines et subtiles. Ça donnait un truc dans le genre « Ouais, (cette interjection appelle rarement quelque chose d’intelligent), putain (encore moins) c’est vraiment tous des pourris. Tu parles oui, des enfoirés. Des enculés tu veux dire. Tu rigoles, c’est nous qu’on se fait enculer (ce qu’on appelle le sens de la répartie). Quand t’es honnête, c’est toi qui te fais baiser. T’as qu’à voir. Moi j’dis, toute cette bande de truands, faut qu’ça dégage. Tous en tôle. » Je vous la fait courte, mais vous voyez la tonalité générale. M’ayant bien écouté, je me suis dit « Mon Thierry, tu ne risques rien à essayer d’être intelligent. Alors essaye ». Sans attendre, je suis allé à l’Armitière, troisième niveau. Je sais, troisième niveau pour commencer, c’était peut-être ambitieux mais j’avais tellement envie d’être intelligent et cultivé. Et me voici devant les plateaux où bien rangés s’offraient à ma vue les nombreux ouvrages d’histoire, de philosophie, de sociologie, d’économie, de politique et autre linguistique. Regardant toutes ces sommes, une grande lassitude s’est abattue sur mon cerveau. J’ai remis à plus tard mon voyage au pays de l’intelligence.

dimanche 12 février 2017

Rase

Un vert brin d'herbe de mes amis, tendre et féru d'histoire, me faisait remarquer qu'Attila avait eu plus d'une horde à son sac.

Un soir au théâtre

Donc, hier soir je suis allé à l’Étincelle assister à la pièce "Constellations". Je ne vais pas vous raconter l'histoire, de construction originale. Je ne vais pas vous parler de la mise en scène dépouillée. Je ne vais pas vous parler des acteurs, une femme, un homme avec un air de Vincent Cassel. Je ne vais pas vous parler du décor plutôt sobre. Je ne vais pas vous parler du public plutôt jeune et féminin éprouvant les pires difficultés à se séparer de son portable. Non, de tout ça, je ne vais pas vous parler. Je vais vous parler de moi, plus précisément du théâtre et de moi. J'ai toujours eu un problème avec le théâtre. Bien sûr, tout petit, je regardais les émissions en noir et blanc de Claude Santelli sur la seule chaîne du PAF. Un peu plus tard,ce fut "Au théâtre ce soir", en couleur. Mais j'ai toujours eu un problème avec le théâtre. A chaque fois que j'y vais, je me dis "Allez, mon Thierry, cette fois tu vas t'ouvrir, tu vas ressentir le souffle de la création, la subtilité des situations, la profondeur de l'intrigue,la finesse de l'argument". Mais à chaque fois, je passe à côté. Je ne désespère pas pour autant. C'est pour ça que j'y retourne. C'est pourquoi je me suis retrouvé à l’Étincelle. J'étais d'autant plus confiant que Carole, entre deux bières et des remarques sur la gastronomie locale avant d'aller retrouver Martha, m'avait expliqué que c'était une pièce extraordinaire (vous excuserez la pauvreté du vocabulaire) faisant appel à la sensibilité du spectateur.
J'ai regardé. J'ai écouté. Je suis sorti. J'ai marché jusqu'au parking aux tons gris. Je suis monté dans ma voiture. J'ai refermé la portière. Qui suis-je, me suis-je demandé les yeux dans le vague. Serais-je dénué de toute sensibilité? Serais-je incapable de la moindre empathie? Serais-je hermétique aux sentiments, à la souffrance d'autrui? J'étais obligé de me rendre à l'évidence, encore une fois, j'étais passé à côté. Mais, moteur mis en marche, je me suis dit que j'essayerai à nouveau.

vendredi 10 février 2017

Pénélopiennes, pénélopiens

Pour que la fiction en vaille la peine
En soutien à Pénélope qui me peine
Parce que sa souffrance je fais mienne
Tous ensemble que nos voix la soutiennent
En chantant cette ritournelle karinienne

 https://www.youtube.com/watch?v=1XPclSSgUOA

jeudi 9 février 2017

Un soir au concert

Hier soir, guillerets et volubiles, confortablement installés dans une limousine en provenance de Roumanie équipée d’un GPS d’origine hongroise, nous avons pris la route du Havre. Sans l’aide du GPS qui nous indiquait l’itinéraire pour rallier Sophia et malgré des avis divergents concernant l’itinéraire à suivre, nous avons fini par nous garer à proximité du fort où, dans la salle du Tétris allait se produire Martha Ren and the Groovelvets. Après quelques bières et autre vin blanc aux vertus amincissantes, après quelques hésitations concernant l’opportunité d’engloutir un ersatz de hotdog et quelques échanges verbaux à caractère culturel avec des dieppois ramenés par la marée , nous sommes entrés dans la salle de concert copieusement garnie où se produisait en première partie un groupe autochtone à propos duquel je ne ferai aucun remarque, vous laissant juge (vidéo à venir). Après avoir subi la proximité corporelle de ceux qui étaient au fond et qui voulaient être devant et de ceux qui étaient devant et qui voulaient être au fond, autrement dit des casse-couilles, le concert a commencé. Faisant fi d’un suspense qui crée une insupportable incertitude, je ne vais par tergiverser pour vous informer que j’ai bien aimé. Pour derechef faire taire les rumeurs malveillantes, si j’avais pris place au bord de la scène, ce n'était pas pour être plus près de Martha mais pour pouvoir pleinement jouir du concert. A-t-il joui n'allez-vous pas manquer de vous demander. Pour tout vous dire, ce fut agréable. Comme le faisait remarquer un natif de Braga, il ne faisait aucun doute que ce groupe prenait plaisir à être ensemble et sur scène. Une chanteuse à la voix puissante et au déhanché mélodieux. Un batteur inventif sans pour autant être envahissant. Des cuivres comme je les aime, dans le balancement du souffle. Il y avait un guitariste mais je doute que sa guitare fut branchée. Je ne rentrerai pas dans l'analyse fine du style mais comme me le faisait remarquer un natif de Darnétal, il y a Amy Winehouse et les autres. Martha fait partie des autres sans pour autant démériter. Je n'ai pas regretté mon voyage au Havre, surtout en si bonne compagnie, compagnie à la culture qui force mon admiration et m'impose une modestie reconnaissante.    













     

mercredi 8 février 2017

Limité

Ce matin, l'esprit livré à l'oisiveté cérébrale; mes pensées d'une virtuelle épaisseur échappaient à mon contrôle. Souhaitant reprendre la main, je cherchais un sujet, une question qui pourrait justifier ma place en haut de la pyramide de la création. Après en avoir écartées plusieurs trop intimes pour être ici exposées, je jetais mon dévolu sur "La légalité a-t-elle une morale?". Pour tout dire, j'étais très fier de moi d'avoir trouvé cette question. J'ai laissé passer quelques minutes et puis j'ai rendu à mon esprit son autonomie.

Dans le bus

Ce matin, en montant dans le bus, fouetté par un optimisme de bon aloi, j'étais d'humeur badine. D'un coup d’œil circulaire je vérifiai que tout le monde était là. Le jeune, le visage encore chiffonné témoin d'une nuit trop courte prolongée jusqu'à la dernière minute avec impasse sur la salle de bain. La dame bien mise, tirée à quatre épingles, le regard rivé sur ses genoux, somme toute assez commun. L'homme sanglé dans sa gabardine boutonnée jusqu'au coup et serrant sur son torse sa serviette, coiffé d'une casquette à carreaux qui lui mange les sourcils. La femme en blouse blanche dont le machouillage d'un chewing-gum trop volumineux pour sa bouche permet l'observation d'une glotte luisante. La femme préoccupée et déjà débordée qui frénétiquement, sans pudeur ni retenue, converse au téléphone "Bah, tu penses bien. J'me suis pas gênée. Sinon c'est trop facile. Alors monsieur... De toute façon, c'est bien simple et j'te pris me croire..." La jeune fille qui ne regarde ni à droite ni à gauche, qui pourrait être ailleurs et qui l'est peut-être. Un coup de frein interrompt mon observation et me propulse contre ma voisine qui peut constater que je suis un faux maigre. L'énergie cinétique propulse tous les voyageurs dans la même direction. Plusieurs objets heurtent le sol. Chaque chauffeur a ses particularités. Sa façon de conduire est une signature unique. Le chauffeur de ce matin est celui qui découvre au tout dernier moment l'existence des arrêts comme s'ils avaient changé de place durant la nuit. Je me cramponne.

mardi 7 février 2017

Le rock est dans le pré

Aujourd'hui Deaf in stéréo. Autant vous le dire tout de suite, sans tergiverser, Deaf in stéréo n'attend pas. C'est du direct sans escale. Le tombeau est ouvert et il dévale. Faut pas rester au milieu du chemin au risque de se faire étriller et de finir par dire, les cheveux ébouriffés "Hein? Quoi?" alors que la dernière note a été balancée il y a des plombes. Deaf in stéréo est une urgence incandescente, un incendie qui éradique, un brasier qui éructe, un geyser qui sourd des entrailles du rock primitif.   Sur la corde raide, la musique tellurique de nos quatre défourailleurs vous rendra sourd à toutes les daubes qui vous polluent les tympans. Deaf in stéréo,ça riff et ça griffe. Il vous marquera.
Les musiciens de Deaf in stéréo vous attendront à la porte du garage. Deux secondes. Pas plus.
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lundi 6 février 2017

Pourquoi pas?

Il a effleuré le mal des écartements essoufflés. Il a traversé le bruissement des fissures. Il a caressé le déversement des attentes. Il a découvert les flagrantes odeurs. Il s'est glissé dans les étreintes immémoriales. Il a prolongé les profondeurs de l'ombre. Il s'est égaré à l'orée des dévorations. Il a sombré dans le miroitement des instants. Il a été englouti dans les soupirs. Il a regardé s'éloigner les chevelures emmêlées. Il a tout oublié.